CITÉ CAP 2018 : Intervention d’Hélène Le Teno

Soumis par teclib le

Renforcer son ancrage territorial pour une entreprise plus durable et plus forte : du pourquoi au comment

 

Ingénieure des Ponts et Chaussées, Hélène Le Teno dirige le pôle Transition écologique du groupe SOS, première entreprise sociale européenne qui rassemble 16 000 salariés. Lors de Cité Cap 2018, elle nous a proposé un « apéritif », selon sa propre expression, sur le sujet de l’ancrage territorial. Passionnant !

 

Pourquoi renforcer son ancrage territorial ?

« Nos entreprises ont été conçues en fonction du capital et des hommes mais, aujourd’hui, à l’échelle mondiale, nous arrivons à un point de bascule : les ressources diminuent, tandis que la population, la production par habitant, l’alimentation par habitant, etc. ne cessent d’augmenter… Tout risque de s’effondrer ! » Le constat est clair et partagé : il est temps de transformer profondément nos organisations. Pour Hélène Le Teno, le premier pas consiste à (ré)ancrer les entreprises sur leur territoire.

 

 
« Il est indispensable de discuter pour se connaître ! Il faut mettre ce sujet de capital socialde votre entreprise sur la table, que cela soit explicite : tous vos collaborateurs doivent aller au contact, participer à des événements et se faire connaître. C’est absolument nécessaire pour créer du lien. »

 

Quoi ?

Selon la norme ISO 26 000, l’ancrage territorial est « le travail de proximité proactif d’une organisation vis-à-vis de la communauté. Il vise à prévenir et à résoudre les problèmes, à favoriser les partenariats avec des organisations et des parties prenantes locales, et à avoir un comportement citoyen vis-à-vis de la communauté ». En bref, cela reviendrait à entretenir de bonnes relations de voisinage… Comment l’ancrage territorial peut-il contribuer au bon développement de l’entreprise sur la durée ? Combien d’entreprises, parmi celles représentées aujourd’hui dans le public, ont de la peine à recruter ? Combien ont besoin de se faire accepter ? Combien veulent créer une nouvelle usine ? Au-delà de l’aspect RSE, il y a donc plein de bonnes raisons de travailler sur l’ancrage territorial de son entreprise ! Hélène Le Teno propose alors une autre définition : « c’est le processus et le résultat d’interactions entre entreprise et territoire, fondés sur la création collective de ressources communes, spécifiques et localisées, permettant une longue période de sédentarité d’une entreprise : un enracinement ».

 

Comment ?

Ces dernières années, plusieurs dirigeants d’entreprises familiales ont pris un virage stratégique et décidé de se (ré)ancrer sur leur territoire, seuls ou à plusieurs. C’est le cas, entre autres, de Loc Maria Biscuits, spécialiste des biscuits bretons (Gavottes, Traou Mad), qui a récemment voulu « sourcer » le beurre breton pour être plus performante demain. Mais l’entreprise n’avait aucun lien avec les agriculteurs… Ils ont été invités au séminaire de l’entreprise, le discours du président de la FDSEA fut assez musclé : « Recréer du lien prend beaucoup de temps. Il faut ensuite en faire un capital social de l’entreprise et imaginer après des projets communs. Cela ne se fait pas en une minute ! », précise Hélène Le Teno.

Autre exemple ? Figeac qui a mis dix ans à passer d’une coopérative agricole à une SICA (Société d’intérêt collectif agricole). « Ils essayaient de faire de la marge sur les intrants chimiques, mais ce n’était pas viable sur le long terme. Ils se sont donc organisés différemment pour pouvoir vendre produits et services aux agriculteurs mais aussi aux habitants. De nouvelles activités et de nouveaux métiers ont été créés. Leur volonté aujourd’hui ? Généraliser une alimentation de qualité sur leur territoire ! La vente des intrants chimiques, elle, ne représente qu’un quart de leur marge actuelle. » Nouer des liens solides avec des fournisseurs ou partenaires locaux, valoriser ses produits ou sa marque, pourvoir mieux recruter et fidéliser...

Les nombreux exemples concrets choisis par Hélène Le Teno lors de son atelier montrent tous la même chose : une entreprise devient durablement performante quand elle protège les ressources humaines et environnementales, et qu’elle crée des « communs », c’est-à-dire des ressources en partage. À ces communs naturels, immatériels et humains, sociaux ou financiers, sont systématiquement associés des droits et des obligations des participants, ainsi qu’une gouvernance permettant de faire respecter l’équilibre défini. CQFD !

 

ARTICLE RÉDIGÉ PAR CÉCILE ROGER


 

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